Les deux faces d'une même pièce

Le gris du ciel s’infiltre en moi pour se mêler au gris de mon cœur. Grenoble, ville de mes soupirs, ville de mes souvenirs. Chaque fois que je reviens ici, j'ai la même sensation : j'asphyxie, j'ai l'impression que mon cœur est en train de s'arrêter de battre, littéralement. Je pense que c'est le chagrin qui fait ça. La nostalgie de cette année passée là-bas qui remonte, amère, dans ma gorge. J’ai emprunté le chemin cent fois parcouru, j’ai marché dans mes pas jusqu’à la clinique qui a été ma vie pendant plus d’un an. J'ai retrouvé la même odeur a l'intérieur du bâtiment, c'est comme si je n'étais jamais partie, comme si je n'avais jamais été là. Deux petits coups frappés timidement sur la porte, j’avais l’impression d’être ici par effraction, une usurpatrice. Retrouvé, le bureau, retrouvée, la boîte de mouchoirs, retrouvé, son sourire. Ses mots qui sonnent si justes et le déchirement en repartant, l’odeur de patchouli qui reste en mémoire. Qu’il est court, le chemin parcouru depuis ce séjour. Qu’elle est dérisoire, mon avancée depuis qu’elle n’est plus là deux fois par semaine pour me guider vers la lumière, pour me tenir la main dans les ténèbres.

Le Tout et le Rien sont la face d’une même pièce. Je suis toujours dans ce même combat vain, dans cette lutte acharnée contre mes démons. Inassouvi, le besoin d'amour. Quelque chose a dû me marquer au fer rouge, une absence, je ne sais pas quand ni pourquoi mais comme c'est douloureux d'être en manque d'une chose inexistante. A trop chercher le Tout je frôle le Rien, triste jumeau désincarné qui me suit comme une ombre et qui ne me lâche pas. Le Tout et le Rien, le Blanc et le Noir, la Vie et la Mort. Notre existence est nuancée, et pourtant moi je vais d'un extrême à l'autre sans jamais trouver de compromis, je valse entre les deux pôles sans juste-mesure. Je défis la Vie d'enfin me faire me sentir entière, et pourtant je sais bien que la réalité ne pliera pas, que c'est à moi de le faire, de créer de l’ordre dans le désordre du monde. Je dois accepter qu'un grand Autre ne pourra pas venir me réparer, me faire enfin me sentir pleine et entière. Apprendre à s'auto-suffire ou presque, cesser l'autodestruction pour se sauver soi-même. Qui d'autre, sinon ?

J'ai peur.

Qui d'autre ?

 

Immense, le sentiment d'abandon. Immense, la montagne que forment mes peurs et qu'il me faut gravir. Et plus le temps passe, plus les peurs enflent pour ne laisser place qu'à la paralysie, l'asphyxie. Qu'on me laisse respirer. 

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