Je dis cela.

 

Les yeux qui piquent. Mais un petit sourire, quand même, cette esquisse de sourire, surtout. Le spectacle d’hier dont il reste la petite boule de trac près du plexus, un peu plus à gauche, plus près du cœur qu’on ne saurait l’imaginer. Le regard de ceux que j’aime le plus posé sur moi, ceux pour lesquels, je crois, l’amour qu’ils me portent est quelque chose d’acquis et d’immuable. Ma famille. 

Et ce soir encore, je serai comédienne. Lorsque le soleil se couchera pour laisser place a la nuit piquée d’étoiles, je serai sur scène et je serai une autre. Une jeune femme qui ne guérit pas de son enfance avortée et du départ de son frère et de la violence des mots de son père. Je jouerai la timidité, la peur, je jouerai la tentative d’affirmation de soi lorsque l’on cherche a trouver une place, sa place. Aussi, danserai la valse sur un air de Joséphine Baker. Ce soir, je serai cela. Car, chacun de ces personnages que je joue, ne sont-ils pas un peu moi, dans le fond? Est-ce qu’ils ne me collent pas à la peau? Ils sont dans l’ombre qui me suit au moindre pas et veille sur mes cauchemars. 

Ce soir, je dirai cela, je serai cela, l’importance et la puissance des mots. On dira tous, nous tous, ensemble, les blessures qui ne guérissent jamais vraiment mais qui peuvent cicatriser et ne laisser qu’une trace, si les mots sont prononcés, aussi violents et accusateurs soient-ils. 

Ce soir, mon amoureux sera face à moi et j’espère qu’il me trouvera belle. 

Ce soir, «Je dis cela». Et pendant qu’au-dehors les étoiles danseront, j’espère que nous serons grandioses : nous, les héros.

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