Don't let me down...

"C'est la première fois que ça m'arrive. Je n'ai jamais eu peur de la page blanche. J'ai toujours pensé qu'on avait besoin de pages blanches pour écrire, de longs moments de silence qui n'en sont pas, qui ressemblent à ce qu'est le corps lorsque tout gronde à l'intérieur mais qu'on ne peut émettre le moindre son, il y a trop de confusion, trop de chaos, il faut attendre, attendre, un peu de clarté peut-être, un peu de paix dans tout ce fracas, pour qu'enfin les phrases soient à nouveau possibles. Oui, j'ai toujours pensé que les défaillances étaient nécessaires, je les ai même aimées, elles me permettaient de mieux renaître à l'écriture.
Mais jamais mes défaillances n'avaient durées aussi longtemps. Huit mois d'impuissance, le désir si grand, qui cogne au-dedans de moi, et l'incapacité d'y répondre, comme si toutes les phrases que j'écrivais étaient des phrases mortes, pétrifiées. Comme si elles ne venaient pas de moi, mais d'une autre, qui me ressemblerait, mais ne serait pas moi. Je ne sais plus où je suis. Peut-être me suis-je perdue quelque part, je ne sais pas où, je ne sais pas quand.
J'ai peur. J'ai peur que ça ne revienne jamais."

Laurence Tardieu - Un temps fou

"Et ce serait quoi, pour toi, le lâcher-prise ?
"Ce serait...je ne sais pas...ce serait, je crois, ne plus me sentir en prison dans ma tête...

 

 

Six mois aujourd'hui que je vous écris ici, six mois peut-être aussi que certains d'entre vous me lisent. Une demi-année de partage, et même si le temps n'est qu'un concept crée par l'Homme pour représenter la variation du monde, ces six mois là, je vous les dois. Merci, sans vous ce blog n'aurait pas de raison d'être, sans vous je n'existerais pas. L'écriture est ma seule manière d'être au monde, et même si parfois je doute -beaucoup ces derniers temps, je vous l'avoue- sur le sens de cette écriture, sur ma faculté à dire, sur la beauté présumée de mes mots, sur ma légitimité à écrire et sur un quelconque talent que je ne semble pas avoir (et la vie se charge de me le montrer), je vous remercie vivement d'être derrière votre ordinateur à me lire. A donner du sens à mes mots. Je n'ai plus de créativité, plus d'imagination, mais je vous promets que je lutte de toutes mes forces pour reconquérir à nouveau tout ce que cette souffrance me prend, y compris ma faculté à rêver (pour l'anecdote, que j'ai retrouvé l'espace d'une heure il y a quelques jours en écoutant l'album des chansons d'Emilie Jolie et en lisant l'album Princesses (oubliées ou inconnues...) de Rebecca Dautremer...et oui, il suffit de bien peu, parfois, et les messages sont là où l'on s'y attendrait le moins...j'ai enfin décroché, pour un petit temps, de la réalité et de ce monde si terre-à-terre qui me cloue au sol...)
Je dors plus que de raison, je décore mes ongles de paillettes et j'écoute le nouvel album d'Angus & Julia Stone, je prépare un petit paquet surprise pour mon amie épistolaire, je tente de réconforter Clémence car j'aurais tant voulu que cette douleur-là l'épargne enfin, je réfléchis (encore et encore) à mille choses (dont certaines ne mériteraient même pas d'être pensées), je noue et je dénoue les nœuds dans mon ventre, je souris devant le retour du soleil, je découvre de nouvelles mélodies, je pleure un peu (mauvaise habitude), je pense à tous ces gens qui se croisent et ne se voient pas. Et puis, et puis j'imagine l'écriture d'un livre à venir, peut-être...
... et cette petite boule au creux du ventre se charge à chaque minute de me rappeler que l'écriture m'a délaissée et combien elle me manque. Je tente de ne pas me laisser couler, et dès que l'écriture me fera signe, je serai au rendez-vous.
Je reviendrai bientôt, je vous le promets. 
Amicalement vôtre, 
Fantine

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