Echo

Je commence ce soir, donc.

Ce rituel dont nous avons parlé avec Mme M. lors de notre dernière conversation.

Cet espace transitionnel, ce temps d’écriture que je m’offre. Il pourra peut-être, je l’espère, apaiser la tension psychique accumulée au fil des heures qui, inévitablement, finit par exploser le soir.

Je détourne un peu les règles d’écriture que je m’étais fixées pour ce blog, donc : des articles longs, construits, dont la trame est lisible et relate mes dernières semaines de vie. De cela, je passe à certains articles qui seront sans doute plus courts, moins clairs, désordonnés, plus cafouillis. Mais en espérant passer des articles qui racontent aux articles qui sauvent. Et tant pis pour le reste. Tant pis pour la forme, pour la perfection et pour les idées qui mûrissent. Pulsion d'écriture. Laissez dire.

Je m’offre ce temps, donc, ce temps rien qu’à moi, ce temps assise à boire un verre à la terrasse d’un café, d’un troquet, comme elle dit, ce temps face à des mots qui n’attendent qu’à s’écrire. Drôle de coïncidence, mes pas m’ont mené jusqu’ici, jusqu’à ce bar où nous nous étions revus un soir, près d’un an après notre séparation. Ce n’est pas une coïncidence je crois, mes pas m’ont menée jusqu’à l’une de ces tables où tu m’avais parlé de ta vie, de cette nouvelle amoureuse norvégienne au prénom étrange dont j’étais un peu jalouse en secret, tu allais partir la rejoindre, j’avais ce désir de te questionner et toi de me parler d’autre chose. Tu avais cette envie, ce besoin je crois, de me revoir depuis longtemps, et je venais juste de céder. Nous étions assis à l’intérieur, je ne me rappelle plus de la période de l'année, il faisait froid sans doute, aujourd'hui je suis en terrasse, le soleil brille et de ce rendez-vous, je ne me souviens que de ma jalousie alors que je n'étais plus amoureuse de toi, de ce sentiment amer en pensant que tu avais pu me remplacer, qu'une autre était à ma place, que je n'étais pas inoubliable. C'est  égoïste et je le sais, mais j'aurais voulu être de celles que l'on n'oublie jamais.

Aujourd’hui je suis ici, seule, sans toi. Je voulais commencer cet exercice d’écriture-exutoire lundi, en même temps qu’une nouvelle semaine, c’est toujours symbolique les nouvelles semaines, comme les nouvelles journées, minuit pile, le meilleur reste à écrire, on y croit à nouveau. Mais j’ai terminé les cours tard - première guidance de mémoire- et je n’en ai pas eu le courage. Hier a été une journée de déchéance, comme je les appelle, une journée trou noir, volets fermés, cauchemars à volo et alimentation chaotique. Une journée de rien. Tant pis. Aujourd’hui, je repars sur de bonnes bases. Même si, je dois vous l’avouer, j’ai failli ne pas tenir bon, en sortant du métro, lorsqu’on m’a tendu une carte SOS suicide, j’étais sur le point de flancher.

J’ai marché et je suis là, pourtant. Pour chercher l’apaisement ailleurs que dans la destruction de soi.

Cette semaine, je pense doudou, espace transitionnel et Winnicott matin, midi et soir. On vit presque ensemble maintenant, Winnicott et moi (Donald pour les intimes). Une vraie drogue. Une obsession. Et ce n’est que le début. Aujourd’hui, nous avons fait la connaissance d’une nouvelle intervenante qui cette année assurera nos cours de psychologie. Il faisait une chaleur étouffante dans la salle où nous étions une soixantaine et malgré tout, pendant trois heures, j’ai été concentrée comme je le suis rarement. A chaque fois, les cours de psychologie résonnent en moi. D'une manière qui heurte, qui bouleverse mais qui, je crois, construit. La dernière fois, l’attachement. Aujourd’hui, Mme C. nous parle de la psychopathologie qui, étymologiquement, signifie l’étude des maladies de l’Âme. Quelle belle expression. Elle explique que la psychopathologie insiste sur les aspects destructeurs des processus normaux. Dans mon esprit, les liens apparaissent, le plus naturellement du monde. Elle distingue le normal du pathologique : je pense tout bas « Et moi, je suis où dans tout ça ? ». Elle parle de souffrance psychique qui est toujours, dit-elle, le signe d’une forte angoisse. L’angoisse entraîne la souffrance psychique, qui entraîne la mise en place de symptômes pour lutter contre l’angoisse.

« Le symptôme est porteur de sens », a dit Freud. Et les miens, de symptômes, qui peut expliquer leur sens ? Elle dit que le symptôme amène un certain soulagement, permet une décharge pulsionnelle, fait baisser la tension psychique. Qu’alors, parfois, on a besoin de lui pour survivre. Plutôt que de mourir.

Hier, on parlait de symptôme, aussi, dans un cours tout à fait différent.  On parlait de la différence entre Être un symptôme et Avoir un symptôme. Ne m’en demandez pas plus, je me suis identifiée au deux, en entendant cela le reste est devenu flou et je n’ai plus rien écouté. J’énumère. Distinguer la personne de son symptôme. J’énumère. Le patient désigné. J’énumère. Je suis partout. On ne parle pas de moi, pourtant. Mais je me reconnais.

Je cite : « Selon Freud, l’univers du vivant est structuré selon deux puissances : la puissance de vie (…) et la puissance de mort, dont le but est d’engendrer et de maintenir la destruction. Elles luttent l’une contre l’autre mais sont totalement dépendantes : c’est ce qui équilibre l’homme mais entraîne un conflit psychique à l’origine de l’angoisse. »

 

Je me plais à espérer qu’un jour, à force de savoirs, je puisse commencer à me comprendre. 


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Commentaires : 1
  • #1

    Sarah (mardi, 16 septembre 2014 07:11)

    J'aimerais parvenir à structurer ma pensée pour répondre à ton texte mais j'ai peur de ne pas avoir les bons mots...