Ce silence entre nous

Il y a des remarques qui, à l'instant même où elles sont prononcées, font l'effet d'une bombe, d'une explosion dans le corps du destinataire. De toutes petites phrases sans aucune importance pour celui qui les prononcent, et qui sont d'une violence inouïe pour celui qui les reçoit. J'ai pris de plein fouet l'une de celle-là, de ces minuscules mots qui détruisent. J'ai souri. Le repas s'est terminé et je suis restée silencieuse, l'air de rien. Qu'aurais-je pu faire d'autre ? C’était sourire ou pleurer. Ou te cracher toute cette colère au visage en même temps que cette première bouchée de dessert. J'ai fait le choix du sourire et j'ai avalé de travers, le dessert et la colère sont restées coincés dans ma gorge. J'ai choisi la raison, peut-être, ou la lâcheté. Je n'ai toujours pas de poids contre toi. Ma parole n'en est pas une. Mais quand même Papa, mince. C'est comme proposer un verre de vin à un alcoolique, défier un paraplégique de faire un cent mètre ou faire une remarque à un drogué sur les traces bleues sur le revers de ses bras. C'est pareil, mais si je te le disais tu ne me croirais pas. Alors je préfère ne rien dire, et puis, à quoi bon ? J'ai essayé tant de fois de t'expliquer cette douleur-là sans que tu ne parviennes à l'entendre. Le tonnerre qui gronde à l’intérieur. Cette inadéquation-là avec ma vie, avec mes émotions. Cette nourriture qui, comme la vie, ne passe pas. Et ce déni qui dort en toi, si j'ai appris à vivre avec, ne cesse de me revenir en plein visage lorsque je te parle. Toi qui si sais bien entendre seulement ce qui te plaît. Je ne t'en veux pas, non, c'est de la peine que je ressens. Je suis tellement déçue de tout ce silence entre toi et moi.

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