La chose

La chose guette. Tapie. Prête à agir.

 

C'est cette chose qui n'est pas moi mais qui en fait partie, pour l'instant, depuis longtemps déjà je vous l'avoue mais pas pour toujours je l'espère. La chose, aujourd'hui, reprend ses droits. J'y pense depuis ce matin. Demain, je rentre chez moi et j'ai peur de n'être plus qu'une esclave d'elle. Parce que je serai seule à nouveau et que la solitude est sa porte d'entrée. J'aurai eu droit à sept minuscules jours de répit avant qu'irrémédiablement, elle ne reprenne le dessus. La chose, c'est ce vide immense qui se fait sentir au niveau du ventre et qui prend le pas sur tout le reste. Qu'on ne peut contenir sous risque d'imploser. La chose, celle que l'on tait parce qu'on en a honte, celle qui nous hante parce qu'on en a peur, celle qu'on déteste parce qu'elle nous détruit. Et nous laisse en miettes. Écorchée vive. Avec une estime de soi qui n'existe plus et le ventre à terre. Seule, toujours. J'essaie d'anticiper ce retour à la solitude, parce qu'avec sa famille et même si c'est loin d'être parfait on se sent contenu, et parce qu'aussi le regard des autres retient et nous permet de ne pas déborder. Pas en public, ça ne se fait pas. Alors on attend le moment d'être seule pour ne se détruire que mieux, que plus violemment. Pour la laisser me détruire et prendre le dessus sur la Vie. Parce que la chose prend toute la place. Et que tout le reste, "le bon" (l'envie, la motivation, l'énergie, les jolies petites choses qui font sourire et le courage, l'espoir aussi), s'efface car elle se sait plus forte. La chose détruit tout sur son passage. Mon corps et mon esprit sont son territoire et elle en jouit. J'ai peur. Je la sens. Près du plexus, de l'estomac. Je sens l'angoisse. J'ai pris le petit cachet blanc qui est censé m'aider mais qui je sais, sans doute, ne sera pas plus fort que ce qu'on ne peut dompter. Car avec cette chose-là et même si certains ne veulent pas l'entendre, la volonté ne suffit pas : il s'agit de dépendance et la dépendance, par définition, conditionne son prisonnier et régit ses actes. La dépendance prend le dessus sur celui qu'elle contrôle, désormais, comme sa marionnette : c'est elle qui tire les ficelles. Alors j'ai peur. Car je sais que la chose, c'est mon enfer.

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