Les fleurs sauvages

J'ai un goût de graviers dans la bouche. Un goût de poussière qui ne disparaît pas. Les muscles contractés à la simple idée de commencer une nouvelle journée, et cette boule dans mon ventre qui naît rien qu'à la pensée de devoir faire, comme d'habitude. Comme d'habitude, justement, le problème est dans ces deux tout petits mots, car rien n'est comme d'habitude. Déjà parce qu'il n'existe plus dans ma vie d'habitudes qui soient saines, je veux dire, qui soient normales, si tant est que ce mot est un sens. Et puis, en ce moment, ce n'est même plus le comme d'habitude, - même le mien, aussi destructeur et déstructuré soit-il -, qui impulse mes mouvements. Rien ne les impulse plus, justement. Ma réserve d’énergie est au plus bas, et tout me coûte. Si bien que j'en devient aigrie, démotivée et sans sourire. Que les autres le comprennent mal et que moi aussi, et que je ne sais pas l'expliquer. Je suis fatiguée, voilà ce que je réponds aux questions qui me viennent. Cette année est trop lourde, et je suis dans une période critique où je n'avance plus, alors que le temps presse. Le peu de choses qu'il me restait, ce que j'aimais vraiment faire, devient un fardeau. Et j'en ai honte. Car j'ai choisi cette voie-là, évidemment, mais que je ne peux plus. Pour l'instant, je suis trop fatiguée. Se disent-elles, ces choses-là ?
Je dors dans ses draps et le réveil me fait mal, je me sais à l'aube d'une nouvelle journée qu'il me faudra affronter et, plus que cela encore, qu'il me faudra mener de la meilleure manière qui soit. Pas de la meilleure manière qui soit pour moi, non, mais pour les enfants et pour les dossiers. Et ces derniers, vous ne pouvez pas savoir comme je les déteste. J'en viens à maudire mon sujet de mémoire, et moi-même par la même occasion. Parce que je fais une overdose, une indigestion, appelez ce trop-plein comme vous voulez. Au bord de mes lèvres, les mots ne sortent pas et le papier reste blanc. Avec toutes ces informations en moi, toutes cette théories et toutes ces idées, que je sais où il faut mettre évidemment, mais que je ne parviens pas à mettre. Toutes ces choses qui seraient bien mieux au-dehors qu'au-dedans et qui me soulageraient peut-être un peu de mon poids qui se fait trop lourd.

 

L'autre soir en quittant le cinéma, je lui demande ce qu'il ferait si on lui annonçait qu'il ne lui restait que deux ans à vivre. Il me répond : "Je vivrais cinquante ans.". A la question : "Et si on nous annonçait qu'à moi, il ne me restait que deux ans à vivre ?", il se tourne vers moi en souriant : "Je te ferais vivre cinquante ans.". Je lui chuchote en baisers : "S'il ne te restais que deux ans, je t'aimerais de toutes mes forces.". Et malgré que je sois devenue insoluble et imbuvable dans cette période de flottement qui ne devrait pas en être une, il continue de m'aimer. De me réchauffer lorsque mon corps est glacé et de prendre soin de moi. The theory of everything, le film était celui-ci. Sa main dans la mienne. Et s'il existait une équation qui régissait l'univers tout entier ? Et si les choix que nous prenons ne nous appartenaient pas vraiment ? Si tout était prévu de cette manière pour que l'univers reste "en ordre" ? Et si tout cela avait un sens, finalement ? 

 

 

Je vous invite à écouter cet album-là, pour la douceur des mélodies et pour la beauté des mots. Pour l'échappée. Je ferme les yeux. Je pense aux étoiles et à leur lumière, à l'infini et à la fascination qui m'habite lorsque je regarde le ciel. Je pense à l'océan et au ressac des vagues, à l'immensité et au rivage. Et je disparais.

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Commentaires : 1
  • #1

    Papilllon (lundi, 16 mars 2015 08:58)

    Merci beaucoup, Fantine, pour le petit mot d'hier soir... Je suis heureuse de découvrir tes mots.