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Dimanche 24 mai

En pensant à mon besoin constant de photographier, d’immortaliser les instants pour me souvenir, je me dis que nous sommes sur beaucoup d’aspects, lui et moi, les deux faces d’une même pièce. Et je me demande, au détour d’un virage, si cela nous fragilise ou, au contraire, nous rend plus forts.

Lors du dîner, il y a cette dispute avec cet homme que je connais peu, et mal, et qui fait désormais partie de ma famille. Je me noie dans mes larmes et il vient les sécher avec des mots et des excuses, sa main ne touchera pas mon épaule et j’ai envie pourtant, comme une petite fille, de lui tomber dans les bras et de lui dire comme je suis fatiguée. Au moment de se quitter il me dit, après avoir touché mes mains glacées Tu sais ce qu’on dit, qui a les mains froides a le cœur chaud, et il ajoute en pointant son doigt vers sa poitrine Chez toi, tout se passe là. Et c’est beau.

Samedi 30 mai

Usure.

Ces mots chantés qui me marquent : « Être désespéré, mais avec espérance. » Jacques Brel

 

Lundi 1er juin

La ville de mes souvenirs. La ville de mes larmes. La ville de la réparation du cœur brisé en mille. Un travail minutieux, de longue haleine. Grenoble, la ville de mes maux et de mes mots. La ville, désormais, du manque. Ici tout me semble en noir et blanc, comme dans un film d’avant-guerre, même le sourire de Mme M. ne connaît pas la couleur. Je marche dans les rues à la recherche du temps perdu, je cours et il me devance et il ne reviendra plus. Il ne vit encore que dans ma mémoire. Ce tout petit voyage en train qui m’a consumé de l’intérieur, laissant la place tout entière à un ressenti flou, mélange d’angoisse et de nostalgie, de peur et d’envie.

Je prends conscience que je ne serai bientôt plus là. Loin. Je réalise soudain, et. La peur m’envahit. Qu’ai-je fais ? Je pense à ces quelques visages que je voudrais voir encore et encore. Je me promets de profiter des quatre-vingt-six jours qu’il me reste avant le grand saut. Avant l’océan. Avant la distance qu’il y aura de eux à moi. J’ai peur que la séparation ne me tue.

 

« Être au plus proche, ce n’est pas toucher : la plus grande proximité est d’assumer le lointain de l’autre. » Jean Oury

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