Hirondelle vole !

 

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Ils jouent et ils rient, et c’est un rire si vrai qu’il me réconcilie un peu avec la vie qui me chagrine tant à ce moment précis. Je suis dans le train et je rentre, dans ce chez-nous que j’aime et dans cette vie qui pourtant me consume. Cette journée semble sans fin, je rentre et je n’y suis pas encore, la voix dans le haut-parleur annonce une heure de retard, et depuis longtemps déjà je vois la nuit par la fenêtre.

 

Je suis seule, seule après deux jours à quatre, seule après deux jours immergée dans un monde féerique si différent de celui de tous les jours. J’étais un peu protégée là-bas, même si l'angoisse revenait par vagues et me submergeait, la boule dans mon ventre se re-formait et je cherchais la main de V. pour ne pas me noyer. 

Pendant deux jours tu n’y penses plus, plus du tout, ce qui t’anéantis n’existe pas.

J’ai laissé de côté cette vie-là pour retrouver celle de mon enfance, je me suis sentie toute petite malgré le poids de mon corps et j’aurais aimé qu’il se sente bien, que ce moment-là soit un moment de joie partagée mais il n’a pas pu, je crois, sauf par moments, par moments oui, je crois, je crois qu’il souriait pour de vrai.

Et ma sœur, un morceau de notre enfance reconstitué ici, ma sœur et son sourire, ma sœur et son envie pour deux. Ma sœur et notre joie commune, je crois, d'être ici, ensemble, notre émerveillement de petites filles d'être là.

 

Il m’a laissé sur le quai de la gare, ce soir, il ne s’est pas retourné en partant et mes larmes coulaient déjà, j’aurais aimé qu’il se retourne, j’ai attendu jusqu’à ne plus le voir, ne plus le voir du tout, il ne s’est pas retourné. Le cœur serré, je m’oblige à respecter son envie d’être seul, je voudrais lui hurler que je ne peux pas, moi, dormir seule, je ne peux plus, plus depuis lui, je ne sais plus. Je pense à ces six jours que je vais passer sans lui, on se revoit dans juste cinq jours, m’a-t-il dit avant de partir. Ce temps-là ressemble à une éternité.

J’ai souri et répondu oui, à l’intérieur de moi il n’y avait déjà plus que des miettes.

 

Je ferme les yeux, je repense à la magie et je me murmure entre les larmes : Tout ira bien.

 

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