ton chagrin

Tu l’as couvé comme un enfant tout juste né, ton chagrin. Enveloppé de tes grands bras jusqu’à n’avoir plus d’air pour toi, bercé des nuits entières d’insomnie où le sommeil se refusait à toi car tu le repoussais du bout des cils. Tu lui as chuchoté des poèmes les soirs de tempête pour qu’il se calme et reste bien en place, là, tout près du cœur, là où ça bat le plus fort dans ta poitrine. Vous vous êtes apprivoisés tous les deux, et vous l’avez si bien fait que vous en êtes venus à vous aimer, toi qui le premier jour voulait tellement le déloger. Tu disais : je n’ai plus d’air, et tu parlais de lui évidemment qui s’appropriait tout ton oxygène. Il était cet étranger dans ton corps qui progressivement, insensiblement, s’est approprié ta peau. Tu n’as émis aucune résistance et vous vous êtes fondus l’un dans l’autre jusqu’à n’être plus qu’un.
Tu lui as laissé de la place, presque toute à vrai dire, tu aurais tout donné pour qu’il reste encore un peu. Tu l’as retenu le plus fort possible, tu l’as supplié de rester, ton grand chagrin devenu tout petit, tu l’as supplié de rester parce que le laissait partir c’était accepter de  céder votre histoire au passé et que tu ne pouvais t’y résoudre. 

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