Kiss and cry

Ça commence avec des cris d'oiseaux. Petits bruits animals qui s'amplifient et résonnent pour former une douce mélodie de nature, on se serait cru dans une forêt. Je fermais les yeux un instant, et je voyais du vert, du vert sapin derrière mes paupières closes. Ça continue avec des yeux qui brillent dans le noir de la salle de théâtre, des décors en miniature et des mains qui dansent pour protagonistes. Kiss and cry, c'est un conte minuscule, tendre et touchant, on ouvre les tiroirs de notre mémoire, on laisse danser l'imaginaire, et la poésie chante si fort que ça donnerait presque le tournis. Je me suis laissée transporter dans cette drôle de mécanique du rêve, laissée perdre dans le trou noir de la mémoire, laissée emportée dans ce nanomonde aux allures de songe. J'ai touché le bras de ma sœur plusieurs fois, comme pour m'assurer qu'elle était toujours là avec moi, que le spectacle qui me transportait ne l'avait pas laissée pour compte. Un petit boitier au bras qui allait enregistrer mon sommeil, des électrodes collées à ma peau et des fils qui se promenaient le long de mon corps et bougeaient au rythme de mes respirations semblaient donner de moi l'image d'une jeune fille gravement malade. Nous deux au premier rang, mes mains glacées posées sur son bras, nos quatre yeux ébahis devant l'agitation sur la scène. Les jours écoulés se résument à ce spectacle, cet instant de magie,
à des "ça va" répétés tant de fois qu'ils en perdent leur sens initial, comme un vieux disques rayés, une réponse vite  murmurée pour faire taire le débat pas encore né, pour éviter des explications qui n'auraient pas de sens pour celui qui les écouterait par curiosité ou par politesse,
au début de février, frêle, fragile, fébrile, frôlée et fatiguée, aux virus que tous les enfants partagent avec moi et qui m'attaquent sans que mon corps ne sache très bien se défendre, 

à ces maux de tête sans fin, qui durent, durent, durent, et font si mal que je voudrais dévisser ma tête et donner un grand coup de pied dedans,

à quelques mails envoyés depuis l'autre bout du monde, 
à des larmes qui roulent sur me joues lorsque je le voudrais le moins, allongée comme une toute petite fille les genoux ramenés contre ma poitrine, face au mur pour que ma famille ne les voient pas, les yeux qui brûlent, petites gouttes salées balayées d'un revers de manche. 
à une lettre d'un inconnu, écrite par une certaine Domi pour sa fille Elisabeth, qui parle d'un magasin de jouets de Montmartre, "un petit magasin plein de couleurs, de chaleur et d'odeurs. Odeurs de bois, de bonbons, de goûters, d'enfants enfiévrés, et de papier cadeau." Elle parle des adultes brisés par une enfance dévastée, d'une revanche sur la vie et sur leurs Noëls perdus. 

à Ensemble c'est tout, relu et revu, le livre et le film, à ce compliment qu'elle m'avait fait un jour et qui n'était peut-être pas né pour en être un, le plus beau depuis toujours pourtant -sans aucun doute-, Vous me faites penser à Camille, oh, quel beau compliment. 

 

et puis, à l'envie d'ailleurs.

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