Je voulais vous parler de l'amour

Je voulais vous parler de l'amour. Vous parler d'amour. D'amours. De l'amour sous toutes ses formes, des amours de toutes sortes. J'y pense depuis quelques semaines. Il serait bien présomptueux de ma part de dire que je saurai en parler, en écrire, mais essayer, ça oui, je peux essayer. Celui qui affirme avoir tout compris de l'amour, en avoir tout vécu, tout éprouvé est un menteur. Un prétentieux. Car je crois qu'une vie toute entière ne suffit pas pour décortiquer ce sentiment complexe, immense, le plus intriguant de tous qu'est l'amour.

Je voulais écrire ce texte-là hier, car c'est hier que cela faisait huit mois tout pile que nous marchons main dans la main. Mais les aléas de la vie ont fait qu'hier, je n'étais pas en mesure d'écrire. Mon cerveau fonctionnait au ralenti suite à l'anesthésie générale, à la morphine et aux antidouleurs, et même si j'ai beaucoup pensé à ce texte, c'était au-delà de mes forces de le rédiger. Chaque respiration me faisait mal. Pour en revenir à lui, à toi, je pense que notre amour est exactement symbolisé par le chiffre 8, ce nombre de mois passés ensemble. Nous sommes chacun une partie de cet infini renversé, je te laisse celui du bas car tu as un an et un mois de plus que moi et que, de fait, je te laisse le plus grands des deux ronds. Je suis donc le petit cercle posé contre toi, au-dessus. Nous sommes si différents. Je te laisse celui du bas, aussi, car tu es aussi terrien que je suis lunaire. Tes pieds sur terre contrebalancent avec ma tête dans les nuages et mon désir d'une Vie meilleure, poussé à l'extrême et qui m'empêche de vivre cette vie-là. Nous sommes un 8, donc, chacun un cercle collés l'un à l'autre. Et c'est ce point où nos deux cercles s'unissent qui est important : le ciment entre toi et moi, c'est l'amour que l'on se porte. Malgré nos différences, le point d'union est là. Malgré que nos idées et nos visions de la vies soient parfois contradictoires et tracent deux ronds bien distincts, c'est la volonté d'être ensemble qui les joint. Peut-être l'essentiel est il ici, en ce point minuscule qui fait de deux êtres distincts un nous

 

Il est si difficile de dire l'amour. On le ressent, on en vibre, on croit en mourir quelquefois mais on trouve rarement les mots justes pour en parler. Les mots s'échappent, l'amour est volatile. En amour plus que dans tout autre domaine, personne ne peut dire parfaitement. Car l'amour est invisible, inévitable, imprévisible, il est au-dessus de tout et l'on passe parfois sa vie à vouloir le comprendre sans jamais y parvenir. Nous avons tous besoin d'aimer et d'être aimée, au même titre que nous avons besoin de boire ou de manger. L'amour est un besoin primaire que certains contrôlent plus que d'autres, par par d'être laissé, car aimer en entier, c'est prendre le risque de se laisser détruire lorsque l'autre part. Mais on aime, toujours, d'une manière ou d'une autre, sinon nous ne serions pas en vie. Car c'est l'amour, aussi fragile soit-il, qui donne du sens à notre existence.

 

Je prends peu à peu conscience de ma quête d'amour. Incessante. Irrassasiable. Car je voudrais que l'on aime que moi et que l'on m'aime en entier, sans conditions. Que tout l'amour que la personne porte en elle ne soit dédiée qu'à moi -aussi égoïste cela puisse-t-il paraître-, et je sais désormais que c'est impossible. Que cette quête est vaine et qu'il me faut, peu à peu, renoncer à cette recherche du tout premier objet d'amour, de la fusion primaire, renoncer au sentiment d'être comblée et complétée l'Autre. Et trouver une autre manière d'exister. Par moi-même. Car on ne retrouve jamais le paradis originel. Même en s'en rendant malade, l'amour fusionnel ne revient pas. 

 

L'amour est dangereux. En amour, on ne peux s'empêcher de prendre des risques. J'ai parfois peur d'y laisser ma peau. Je suis allée voir cette pièce de théâtre, dimanche soir, avec Maëla : Can't help falling in love : on ne peut pas s'empêcher de tomber amoureux. Il s'agissait d'un montage de textes de Fabrice Melquiot, auteur que je ne connaissais pas. La pièce parlait d'amour, évidemment. De ce sentiment étrange qu'est l'amour. La langue française est riche et pourtant elle ne nous propose qu'un seul mot pour dire que l'on aime, même lorsqu'il s'agit de choses radicalement différentes? On aime : un homme, son enfant, son chat, les glaces, les caresses, le parfum de la fleur d'oranger, les clichés en noir et blanc... V. ne me comprenais pas l'autre jour lorsque je lui disais : "Je ne peux dire j'aime plus ou j'aime moins, ce n'est pas le même amour." L'amour est un sentiment mystérieux dans cette multiplicité de facettes qu'il nous offre. Il existe de façons d'aimer autant que de liens entre les gens, et plus encore. Plus encore, car nous aimons des idées, des valeurs, des animaux, des objets. Pour en revenir à la pièce de théâtre, elle évoquait les différentes formes que l'amour peut prendre. Du pouvoir qu'il a sur nos êtres, du fait qu'il est le pilier même de la Vie. De la douleur, trace indélébile qu'il laisse en nous quittant. De la folie. Et la pièce était absurde, complètement décalée, nous passions du rire aux presque larmes en un instant, des premiers émois à la séparation, au trou béant laissé par l'amour lorsqu'il n'est plus partagé. Mais c'est l'amour qui veut cela, ce décalage, cette absurdité, ce ballet tantôt plus joyeux que tout le reste et tantôt triste à mourir. Mourir d'amour. Renaître grâce à l'amour. Vivre. Ressentir. Et tomber. Amoureux. Contre son gré. J'ai couru à la bibliothèque : Exeat Je rien Te deum de Fabrice Melquiot sera ma prochaine lecture.

 

Sa voix est forte, posée.

Tu crois en l'amour ?

Il n'y a que le silence pour lui répondre.

 

"J'ai le sourire qui penche. Et personne ne fait rien, alors que même la tour de Pise on essaie de la redresser."

"Je rafistole mes peines avec des petits bouts de ficelles."

 

Ces deux phrases me restent en mémoire. Elles tournent et retournent, encore et encore. Sans fin.

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