On dit c'est le destin

Le premier matin nous nous réveillons glacés, il est si tôt que le ciel est encore vêtu de son manteau bleu nuit et la lune semble nous sourire au travers du brouillard. Nous nous éternisons sous l’eau brûlante de la douche et je m’habille sous les draps, tellement le froid me transperce le corps. Après avoir traversé la France avec deux inconnus, je l’emmène déjeuner dans le lieu si doux que j’avais découvert lors de ma précédente échappée belle. Pendant deux jours ce sera la course, les rendez-vous reportés, les visites enchaînées et une dizaine de kilomètres foulés par nos chaussures. Dans la voiture je lui avais demandé ce que l’on ferait si nous avions deux coups de cœurs différents, et il m’avait répondu qu’il n’aurait pas de coup de cœur. Pas pour quelque chose à louer. Voilà ce qu’il m’avait répondu, exactement : Moi je n’aurai pas de coup de cœur pour un appartement à louer. J’avais acquiescé, un peu déçue, me demandant s’il pourrait réellement investir un chez-nous sans l’aimer vraiment. En entrant dans cet appartement pourtant, le troisième, je vois ses yeux qui s’agrandissent lorsque l’agent immobilier ouvre les volets, et la moue d’enfant qu’il m’adresse dans le dos de celui qui nous conduit me rend ivre de joie. Comme deux écoliers qui font des simagrées dans le dos de la maîtresse et qui se retiennent d’éclater de rire. Lorsque je prends sa main en quittant le lieu que je lui demande, Alors alors ?, il me répond C’est celui-ci mon coup de cœur. C’est cet appartement-là. Et comme je suis heureuse de le voir heureux. Le soir, nos corps se mêlent et nous parlons de ce lieu visité au futur. La nuit nous emporte, laissant là -dans l’appartement loué pour quelque nuits, au cœur du quartier historique de la ville-, nos projets d’avenir.

 

Les visites du vendredi se font sous la pluie, sans engouement particulier. Le renard a repris place dans mon ventre, il m’efface. Je tente de faire mine de, mais le cœur n’y est pas. Le soir, nous découvrons une souris dans la cuisine. Je hurle. Ma peur immense. Irrationnelle. Incontrôlable. Une peur qui déborde. Cette phobie résulte sans doute d’un traumatisme survenu avant votre naissance, m’a-on dit un jour. Je pense à cela, lorsque je vois le rongeur. Je cours dans le salon, et j'éclate en sanglots, et je n’ose plus poser le pied par terre. V. me prend dans ses bras et il entasse des objets devant la porte pour que la souris ne puisse pas se faufiler dans l’interstice entre la porte et le sol. Il fabrique un piège de fortune mais la souris, déjà rassasiée, restera toute la nuit tapie dans un coin de la pièce que nous lui avons cédé de bonne grâce.

 

Le lendemain nous dormons tard, éreintés par tous ces kilomètres parcourus. Nous préparons des crêpes et je regarde autour de moi à chaque seconde, paniquée à la simple idée de voir apparaître celle qui me terrifie. J’apprends à l’amoureux à les faire sauter et dès son premier essai, la crêpe vole parfaitement. Un sourire immense lui mange le visage.  

Lorsque je l’accompagne à la gare et qu’il monte dans le train, je le regarde prendre place au travers des larmes que je retiens et je lui adresse un signe de la main. Je quitte le quai avant le train, j’ai peur que la solitude ne stoppe les battements de mon cœur. J'ai l'impression de devenir sèche. Ensuite, j’erre dans les ruelles, mon sac à dos trop lourd sur les épaules. Avec mon hôte du soir, je n’échangerai que quelques mots mais nous tomberons d’accord sur une chose, la vie nous envoie des signes et il suffit de garder les yeux grands ouverts pour comprendre. L’univers nous guide. Lorsqu’il me demande pourquoi avoir choisi cette ville-là plutôt qu’une autre, je lui réponds Pour ça, justement. Et pour l’Océan. En silence, je me dis que c’est aussi pour stopper les rituels qui se sont mis en place et qui me détruisent, mon chez-moi le quartier les boulangeries et les supérettes ouvertes la nuit qui font danser le renard. Je fuis. Je le sais. Et pourtant, je n’en ai pas honte. Ce soir-là, je dors seule dans un grand lit. Je dors seule, et mal, une nuit entrecoupée de réveils inexpliqués, inexplicables, me retrouvant les yeux rivés au plafond, envahie par le silence de la nuit.

 

Le dernier jour, je déjeune assise à une terrasse de la place Saint-Michel. Un repas aux saveurs d’Orient, une salade composée où se mêlent à merveille la menthe, le miel et la coriandre. La pâte à tarte a un goût d’enfance, une note prononcée de fleur d’oranger. Je marche encore et encore, mes sandales me blessent et je fais comme si de rien, je continue de marcher. A chaque pas V. me manque mais je le tais, je sais combien ces mots-là l’effraient. Je cesse de ressasser pour écrire et tenter d’extraire ces sombres pensées de ma tête. Je pense à Mme M. et je l’imagine dans cette ville, tous les lieux me font penser à elle, à ses phrases salvatrices et à son rire.

 

 

 

J’espère si fort que bientôt, là-bas nous serons chez nous.

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Commentaires : 1
  • #1

    Sarah (jeudi, 13 août 2015 21:39)

    Il est doux cet article :) J'espère que le joli cocon sera à vous et que vous y serez heureux et joyeux :)